Nous sommes Elles

Rédigée par Sabine Démosthènes

MONTRÉAL – Pendant presque deux mois, je réfléchissais à ce que j’allais écrire pour commémorer le féminicide qui a eu lieu le 6 décembre 1989.

Je commençais à taper quelques mots pour ensuite tout effacer. Des larmes commencèrent à couler sur mes joues et mes mains tremblaient. Je n’arrêtais pas de me dire que j’ai maintenant 36 ans et que je suis en train de vivre mes plus grands rêves quand des jeunes femmes de 20 à 28 ans commencèrent à peine à contempler leurs rêves, leurs ambitions, leurs histoires d’amour, la fin de leur trimestre d’automne et vivre le moment présent.

J’avais 6 ans (comme Karine Vanasse qui a joué et produit le film Polytechnique et qui a animé la cérémonie commémorative de vendredi dernier) quand cet attentat qui visait spécifiquement des femmes ambitieuses, fonceuses et intelligentes. À ce moment, je ne pouvais pas comprendre pourquoi un acte si irrationnel avait eu lieu dans un établissement d’éducation supérieure.

Trente ans plus tard, il y a quelque chose de magique qui s’est passée. Ces quatorze femmes ont affirmé une identité que certaines et certains d’entre-nous ignorons que celle-ci existait en nous. Ça m’a pris 30 ans pour savoir que j’ai toujours combattu pour l’égalité des sexes, pour la justice, pour l’amour et l’empathie qu’on doit démontrer envers notre prochain. Que ça soit de jouer dans une équipe de soccer en étant une des seules filles dans l’équipe ou pour encourager un ami qui voulait faire un baccalauréat en sciences infirmières, pour moi, tout le monde a le droit à vivre ses rêves sans aucun jugement. C’est juste que dans le passé, je ne le criais pas aussi haut et fort.

Ma grand-mère maternelle était une féministe durant les années 50 jusqu’à son décès à la fin des années 90. Elle n’avait pas peur d’apprendre la mécanique, de conduire son propre camion avec une transmission manuelle, d’être une femme qui vivait avec son grand amour sans être marié durant une époque où ça ne faisait pas partie des mœurs de la société et de devenir une grande entrepreneuse dans la région de Saint-Marc en Haïti.

Pour moi être une féministe, c’est une maman au foyer qui veut le meilleur pour ses enfants, c’est une femme qui  fonce pour avoir ce qu’elle veut dans sa vie professionnelle et personnelle. Au delà de tout ça, je crois en l’humanisme.

Être un homme ou une femme qui aime son prochain, qui ne voit pas de différence qu’une femme veut devenir une ingénieuse ou qu’un homme veut devenir un éducateur spécialisé,

Des femmes comme ma grand-maman aurait pu être une des victimes de violences conjugales, de discrimination (malgré qu’elle a vécu son lot de discrimination), de mépris et de se faire tuer parce qu’elle était une féministe. Ma grand-mère aurait pu être une victime, comme Geneviève, Hélène, Nathalie, Barbara D., Anne-Marie, Maud, Barbara K-W., Maryse L., Maryse Leclair, Anne-Marie L., Sonia, Michèle, Annie, Annie T., les femmes autochtones qui sont disparues, les femmes yézidies et les millions de femmes à travers le monde, de féminicide. Toutes ces femmes qui continuent à être des victimes juste parce qu’elles sont des femmes nous alarment sur le fait qu’il y a beaucoup à faire dans notre société. Mais, il y a aussi des hommes qui sont également victimes de violences physique et psychologiques, de discrimination et de mépris vu leurs croyances religieuses ou de leurs orientations sexuelles

Vendredi le 6 décembre 2020 au belvédère Kondiaronk, il y avait une quiétude dans l’atmosphère.

C’était beau et apaisant.

Ça nous a pris 30 ans à ressentir cette paix intérieure. Soudainement, je ne pensais plus à blâmer l’imperfection humaine, mais d’espérer qu’il y aura plus d’aide en santé mentale pour la population, qu’on va encourager le mieux possible nos jeunes garçons et jeunes filles à manifester de la compassion pour son prochain. On ne sait jamais ce que vit une personne et parfois, son isolement est un cri d’alarme. Soyons attentive aux nombreux cris d’alarme tant que ce n’est pas trop tard.

Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir.

Strong is the new pretty photo credit Kate T. Parker
Photo credit: Kate T. Parker

https://cfc-swc.gc.ca/commemoration/vaw-vff/remembrance-commemoration-fr.html

https://www.cbc.ca/news/canada/montreal/catherine-bergeron-30th-anniversary-polytechnique-massacre-1.5385367

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